LE SOMMET

 

Généralement c'est pour lui qu'on se lève ! Balayant aux aurores la quête de sens (l'alpiniste est un conquérant de l'inutile) et ponçant les couches de vernis mythologique que les siècles antérieurs avaient appliqués (eh oui les premières ascensions sont concomitantes du XVIIIè, pas avant). Les Alpes, zone orogène par excellence, datent du mésozoïque. Les Hommes se sont donc tâtés durant des millions d'années avant de crapahuter.

 

Suivant l'élu, c'est l'accomplissement d'heures d'effort et des fois de mois. C'est le climax de l'acte de grimper. C'est aussi la pénibilité à venir de la fastidieuse descente, la retraite ou la débandade. Ce n'est que la moitié de la course !

Un moment de joie intense ou d'inquiétude impalpable. C'est un seul et unique instant où s'entremêlent toutes ces considérations.

 

En tous cas c'est bien ce qu'on atteint après être parti d'en bas. Une certitude : on y reste rarement longtemps. Je me souviens cependant d'un Eiger-irréel : 1h00 à toiser la Jungfraujoch ! Je me remémore un Cervin-revanche après une grave blessure du membre supérieur. J'aime m'imaginer ceux à venir avec les gens qui comptent et vont compter pour moi et ceux gravés pour l'éternité dans ma mémoire (Kilimandjaro – Ararat – Trilogie Bernoise - Mont Blanc). Ceux que j'ai fantasmé et que je ne foulerai jamais, semblables à toutes ces nénettes bien gaulées et aguicheuses qui auraient dû transpirer ds mes draps.

 

Les critères de choix sont éminemment subjectifs : on aime les cimes élancées (Dibona - Écrins), inaccessibles (le Kailash - Népal), qui ne se laissent pas facilement aborder (le Mont Cook - Nouvelle Zélande). Les grosses plates (le Mont Rose - Suisse), les arlésiennes (Mont Taranaki ou Egmont - NZ), les mal nommées (Mont Pourri - Vanoise), et j'en passe.

 

Pour compliquer le processus décisionnel - qui choisir ? - il faut préciser que physionomie et attrait technique ne vont pas de pair. Les stars sont victimes de leur succès et on délaisse la croupe charnue d'une parturiente pour un tas de pierres de quelques mètres plus élevé au-dessus du niveau de la mer (Ciarforon / Grand Paradis). On choisit par snobisme un point culminant plutôt que d'écouter son envie d'escalader tel éperon fièrement dressé qui débouche sur un plateau fade (Dent Parrachée / La Courte Échelle). 

 

C'est une fois redescendu et retapé physiquement qu'on envisage de repartir pour alimenter la collection d'une vie. Celle des espoirs aboutis et des moments suspendus qui se jouent du vide (lire le texte référencé qui s'y rapporte). Le bon sens nous révèle que l'alpinisme n'est de loin pas la seule solution à cette problématique. Mais quel pis-aller de luxe ! 

 

@alpsaddict1 - août 2015.

 

Photo : Le Kilimandjaro depuis la plaine kenyane

 

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