L'itinéraire

Alors que je noyais consciencieusement mes ambitions alpines et mes envies d'ailleurs dans la chaleur d'un foyer mal taillé pour moi, se traçait à mon insu une route imposée.

 

En tant que grimpeur, je m'interroge sur le chemin à suivre pour gagner un point culminant. Je connais les itinéraires bis, j'étudie les échappatoires. Je choisis ma voie. Il est étonnant de constater que d'un point de vue personnel cette démarche m'est étrangère. Ou combien la préparation d'une course demande moult réflexions... Et que dire d'une vie alors ? Paradoxalement, aucun calcul quand il s'agit d'orienter cette dernière.

 

Je me renseigne avant toute incursion en lieu alpin inconnu. À travers la riche littérature qui existe sous forme de topo : officiel, connu et reconnu, participatif, bouche à oreille, etc. L'arpenteur des cimes, qu'il soit à pied, en ski, qu'il pédale ou escalade, trouve presque toujours à se construire une image mentale de son ascension à venir. Quel intérêt ? Combien de hold-up rondement menés sur des faces complexes, dont certains anciens - devenus célèbres - ne s'étaient défait qu'au bout de plusieurs mois ou années. Qui s'aventure encore hors des sentiers battus ? De nos jours, qui peut prétendre, en terre ultra-fréquentée, faire réellement de l'alpinisme ? Beaucoup, beaucoup moins de monde que ce qu'on peut imaginer en voyant les photos qui circulent partout sur la toile.

 

Le parcours de vie des uns obéit tantôt à un schéma personnel jalonné et gravé dans le marbre, tantôt à des besoins impérieux itératifs plus ou moins bien gérés et pris en compte. Mais combien d'entre nous explorent le champ des possibles ?

 

La qualité première d'un alpiniste est certainement sa capacité à trouver le bon cheminement. Ca lui évite de se mettre dans des situations scabreuses, surtout s'il n'est pas un excellent grimpeur. Le flair est un savant mélange d'inné et de proprioception. D'acquis et de chance provoquée. Suivre l'arête du Hörnli jusqu'au sommet du Cervin semble évident vu d'en bas. Une fois les pieds dans la voie, il faut savoir rebrousser chemin quand le rocher se délite et rechercher un caillou plus stable pour progresser en sécurité. L'évidence des uns (les guides, les bons), n'est pas celle de tous... L'horaire total de la « balade » s'en ressent. La fatigue physique aussi.

 

A quel point pousser le parallèle avec nos existences ? Qui est dans la trace et qui ne l'est pas ? Qui arrive au sommet, qui fait demi-tour juste à l'antécime, qui chute (paix à ton âme Ueli Steck) ? Seuls comptent au final les sentiments qui nous gagnent et qu'on partage avec nos proches. Sans cette fusion, nous sommes vides de vécu et à coup sûr en terrain foireux. Notre ressenti pilote notre périple dans le réel. Nous fixons chacun en connaissance de cause, une limite ou pas, à nos errances introspectives.

 

 

@alpsaddict1 - mai 2017 – dans le train

 

Photos : dans le sillage des autres (à gauche) ou sur sa propre ligne (à droite)

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