Toutes les premières fois ne laissent pas forcément une trace indélébile. Etonnamment, leur caractère unique ne leur confère pas toujours une place à part ds la mémoire. Et quand bien même ce serait souhaité il n'est pas du ressort de l'humain d'agir par sa seule volonté sur les procédés chimiques qui sous-tendent l'acte de retenir une information. Une forme de hasard a encore sa place.

 

Admettons qu'une première fois c'est très excitant. Et ça peut tout gâcher, comme le feu d'un corps à corps prometteur qui s'éteindrait trop vite. La première fois c'est aussi effrayant et ça peut rendre la seconde encore plus compliquée. Mon deuxième saut en parachute : quelle horreur de savoir le vide, la chute, l'air, l'estomac serré, déplacé, spasmé... C'est démystificateur, et en parallèle, c'est très insuffisant pour aller au fond des choses. Ainsi, il y a des premières fois qui n'existent que pour enclencher un mécanisme incoercible. Noyé ds le magma des souvenirs, l'événement princeps tendra à disparaître au profit de flashs ultérieurs épisodiques. Quand et comment ais-je appris les techniques d'assurage en escalade ? Bonne question. Je sais par contre exactement qui m'a, plus tard, initié à la corde tendue sur les courses d'arêtes...

Il est bien évident que toutes les premières fois ne se valent pas. Par exemple, ma première visite de New York est incomparable à ma première visite d'Aix-les-Bains. Et pourtant c'est proche de cette dernière que je vis maintenant ! Alors que l'intensité de ma rencontre avec ladite Grande Pomme était tellement puissante. Un lieu rêvé, déjà vu et revu à travers pléthore d'images (pourquoi personne ne tourne de films à Aix les Bains?). Un fantasme qu'on touche de ses doigts... qu'on perçoit à travers tous ses canaux sensoriels. Rien à voir avec mon arrivée en novembre dans une ville thermale pluvieuse dont je ne soupçonnais pas réellement l'existence quelques mois auparavant...

 

J'ai vécu des premières fois fondatrices qui m'ont marqué et ont scellé l'envie éternelle d'ailleurs. Comme l'ascension du Mont-Blanc (septembre 2000) en guise d'initiation à l'alpinisme. J'ai adoré une première fois opportuniste (quelle bonne idée de lui avoir demandé de suite son numéro de téléphone !). Il y a des premières qu'on attend avec impatience, pendant des années et qu'on fantasme. D'autres qu'on redoute et qui arrivent sans prévenir avec une charge émotionnelle décuplée. La première fois qu'on a été trahi, on ne sait pas comment réagir. On n'a pas le mode d'emploi. On peut écouter ou refréner ses pulsions et on comprend petit à petit qu'on gagne de l'expérience. La première fois qu'on se retrouve avec soi-même, c'est comme toutes les premières fois : troublant, bizarre, inquiétant, stimulant. Un challenge à relever et les réponses et solutions qu'on trouve ne seront pas forcément les même quelques années plus tard.

 

Dans l'infini des possibles des premières fois, je retiens encore les précoces, les tardives, celles qu'on provoque par notre volonté, les pathétiques, les réussies, celles qui sont pleines d'humanité, denses, insolites, empreintes de sérendipité, etc.

 

Paradoxalement il peut y en avoir plein, des premières fois, pour un événement donné. Et elles ne se ressemblent pas du tout. C'en est une de ce type qui m'a insufflé l'envie d'écrire ce soir : la première fois que je chausserai les skis cette saison, c'est dans moins de 72h00 et moi, ça m'excite terriblement de culbuter des empilements de flocons avec mes spatules ! Avis aux amateurs, que j'engage à venir se joindre à moi.

 

Alpsaddict - Nov 2015

Au chaud à la maison, mais bien mieux au froid, dehors, sur une paire de skis dans la pente.

 

Photo : premières traces de montée dans la Combe de la Vallette - Lauzière

 

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