Le Vide

 

Parmi les fantasmes qui jalonnent l'esprit des gens-d'en-bas, il s'en veut un qui surpasse les autres. On imagine l'alpiniste comme un funambule trompe la mort. Il chemine sur d'improbables itinéraires aériens. Il se joue du vide et s'élève au gré de parcours tortueux tracés en pleine face de parois souvent austères. Qu'en est-il réellement et surtout qu'est-ce que le vide ? L'absence de matière ? L'impalpable vertige croissant que génère tout gain d'altitude en falaise ? Ou encore cette sensation désagréable que la chute sera longue et l'impact percutant ? Non, ce vide là est bien trop dense. Beaucoup plus que celui qui arrache des larmes incoercibles, ou qui réveille toutes les nuits à 5h00. Bien moins oppressant que le vide d'un lit partagé par deux corps et irrésistiblement déshabité par l'autre.

 

Le vide de l'alpiniste (on dit aussi le gaz) n'est qu'un ersatz aux abîmes intimes. Protéiformes et angoissantes. Insondables, elles, alors que les lignes de fuites conduisent sur un glacier 1000m plus bas. Le vide, ça se vit. Et on subit malgré soi le néant. Quand on chute sans fin dans les abysses corticales, le gaz devient un simple compagnon de cordée, avec lequel on s'amuse. 

 

Quelle épreuve ont donc dû traverser les meilleurs alpinistes pour amadouer la gravité ? Trop souvent, celle de la perte d'un proche. Messner : son frère, dans une avalanche au Nanga Parbat. Lafaille : son pote Pierre Beghin qui dévisse en pleine paroi à l'Annapurna. Diemberger : son équipier Hermann Buhl, qui se volatilise avec une corniche capricieuse au Chogolisa. Bonatti : sa propre mort au K2 (presque !).

 

Alors, pour meubler cette vacuité, chacun avec ses armes gravira son Everest, selon l'expression ad hoc. L'objectif de l'Aiguille Verte (par l'arête des Grands Montets, ou par une autre voie d'ailleurs) c'est LA course de l'alpiniste "amateur"... mais c'est bien peu de chose dans une vie d'Homme. Néanmoins, un jour, j'y serai.

 

@alpsaddict1

Juillet 2015 - Massif du Mont-Blanc

Tentative avortée à la Verte en raison des conditions (chaleur historique - risques majeurs de chutes de pierres)

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