La montagne

Tout le monde se souvient de ce qu'il faisait le 11 septembre 2001. Lorsque des avions de ligne furent utilisés comme des fléchettes pour viser deux des cibles new-yorkaises les plus emblématiques. Je grimpais sur les bords du plateau du Caroux, massif du Haut-Languedoc typé terrain d'aventure avec un gars que je connaissais à peine. Il me servait de guide dans ce lieu singulier de l'escalade où les pitons se font rares et les spits exceptionnels. Nous tissions une amitié naissante comme mamie tricote le col roulé d'un pull en devenir. Ce dernier n'a d'ailleurs jamais vu le jour, ne sachant que faire de ce nouveau pote lointain qui venait s'ajouter à une liste déjà bien fournie. La journée nous écumions les grandes voies sauvages et le soir, la radio (pas de télé dans sa maison de village rustique) nous reconnectait à la réalité. Pourquoi donc les américains avaient-ils stoppé le traffic dans leurs espaces aériens ce jour? Le nez dans les topos, cette question nous passait quelques miles au-dessus de la tête... Ce n'est que le lendemain que nous apprendrions ce qui avait réellement eu lieu. 

 

Lorsque je parcourais les Alpes orientales durant 2 mois à l'été 2006, je me souviens avoir reçu une des plus belle photos de ma copine de l'époque. Un sms venu de France d'où elle paradait, belle comme un cœur, au mariage d'amis. J'étais seul dans un refuge autrichien glacial et venté, à la proue du massif des Alpes Carniques. Déçu de ne pas partager ce moment avec elle. Un quart d'heure plus tard le soleil se couchait au loin sur les Tre Cime de Lavaredo. Je garde encore très distinctement le souvenir de ce spectacle intense, qui recouvrit mes regrets d'une couette de plénitude béate.

 

Je me rappelle les courtes après-midi de décembre et janvier à papillonner dans les massifs lémaniques en ski de rando. De sommet en sommet, rarement accompagné, et pleinement conscient de la chance qui m'était offerte d'évoluer dans ce terrain de jeu. Equipé d'une frontale pour des retours crépusculaires scabreux après avoir profité de la couleur jaune enveloppante si caractéristique de la fin de journée chablaisienne.

Ainsi je vivais en montagne, encordé mais souvent seul, des événements qui prenaient plus d'importance dans mon vécu que ceux que je partageais avec les gens, en bas. Me demandant si j'étais, si c'était, « normal ». Je n'acceptai que petit à petit ce fait, avec lequel je me débats encore exceptionnellement. Aujourd'hui j'accueille avec sérénité tous ces beaux moments quand ils se présentent et je les laisse m'habiter. 

 

@alpsaddict1 – Nov 2016

Brison St Innocent

Photo : 27 Mai 06 - 22. Sunset, Tre Cime de Lavaredo

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